11 novembre 2010

Les hauts de Hurlevent de Emily Brontë - Challenge English Classics # 4

hauts_de_hurleventLes Hauts de Hurle-Vent de Emily Brontë

Titre original : Wuthering Heights

Traduction de Frédéric Delebecque

Editions Payot, année inconnue, 441 pages

 

Emily Brontë (30 juillet 1818 - 19 décembre 1848) n'avait pas encore trente ans quand elle a composé Les hauts de Hurle-vent. Ce livre a été publié pour la première fois, à compte d'auteur, vers la fin 1847, un an avant le décès de son auteur. En raison des préjugés à l'encontre des auteurs féminins, Emily Brontë a alors utilisé le pseudonyme masculin d' Ellis Bell.

En 1846, Emily avait déjà publié, avec ses soeurs Charlotte et Anne, un recueil de  poésies. Les poèmes d'Emily Brontë sont reconnus pour être de grande qualité. Beaucoup d'entre eux ont été écrits dans le cadre du cycle de Gondal, un pays imaginaire qu'elle a créé avec sa soeur Anne.

 

L'histoire :

Le récit débute ainsi :

1801. - Je viens de rentrer après une visite à mon propriétaire, l'unique voisin dont j'ai à m'inquiéter. En vérité, ce pays-ci est merveilleux! Je ne crois pas que j'eusse pu trouver, dans toute l'Angleterre, un endroit plus complètement à l'écart de l'agitation mondaine. Un vrai paradis pour misanthrope : et Mr Heathcliff et moi sommes si bien faits pour nous partager ce désert!

Mr Lockwood, le narrateur, dont nous apprendrons en fait assez peu de choses, a loué à Mr Heathcliff  le manoir de Thrushcross Grange (La Grange aux Grives) pour un an. Il est intrigué par ses fort peu sociables voisins, habitant à quelques miles de là une demeure baptisée Les Hauts de Hurle-Vent :

  Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent), tel est le nom de l'habitation de Mr Heathcliff : "wuthering" est un provincialisme qui rend d'une façon expressive le tumulte de l'atmosphère auquel sa situation expose cette demeure en temps d'ouragan. Certes on doit avoir là-haut un air pur et salubre en toute saison : la force avec laquelle le vent du nord souffle par-dessus la crête se devine à l'inclinaison excessive de quelques sapins rabougris plantés à l'extrémité de la maison, et à une rangée de maigres épines qui toutes étendent leurs rameaux du même côté, comme si elles imploraient l'aumône du soleil. Heureusement l'architecte a eu la précaution de bâtir solidement : les fenêtres étroites  sont profondément enfoncées dans le mur et les angles protégés par de grandes pierres en saillie.

   Avant de franchir le seuil, je me suis arrêté pour admirer une quantité de sculptures grotesques prodiguées sur la façade, spécialement autour de la porte principale. Au-dessus de celle-ci, et au milieu d'une nuée de griffons délabrés et de bambins éhontés, j'ai découvert la date "1500" et le nom de "Hareton Earnshaw". J'aurais bien fait quelques commentaires et demandé au revêche propriétaire un histoire succincte du domaine ; mais son attitude à la porte semblait exiger de moi une entrée rapide ou un départ définitif, et je ne voulais pas aggraver son impatience avant d'avoir inspecté l'intérieur.

Lorsque s'ouvre le livre, les Hauts de Hurle-Vent sont habités par le taciturne et sauvage Heathcliff, sa belle-fille Cathy, le domestique Joseph, revêche et bigot, et Hareton Earnshaw, cousin bourru et mal dégrossi de Cathy.

Deux récits vont alors s'enchâsser l'un dans l'autre : celui du séjour de Mr Lockwood  à Thrushcross Grange d'octobre 1801 à octobre 1802, au travers duquel  nous apprenons le destin funeste de deux familles voisines, les Linton et les Earnshaw. Leur histoire est rapportée par Hélène Dean, femme de charge de Thrushcross Grange, anciennement au service de la famille Linton.

 

Ce que j'en ai pensé :

Il est  fascinant de constater à quel point, dans ce roman, les personnages semblent être le reflet de la nature qui les environne : la lande sauvage, austère, désolée, battue par les vents, indomptable en quelque sorte, m'évoque clairement le caractère de Heathcliff et de Catherine Earnshaw, et dans une moindre mesure celui de Joseph et de Hareton.

Les Hauts de Hurle-Vent est aujourd'hui considéré comme l'une dernière oeuvres majeures du romantisme européen. 

Le romantisme est un mouvement culturel européen qui caractérise le début du XIXème siècle. En France, parmi nos auteurs romantiques, on peut citer par exemple Victor Hugo et Charles Baudelaire.

Le romantisme se caractérise notamment par l'expression d'un certain mal-être, d'un d'état mélancolique. Parfois, même, le héros s'y complaît et s'y enferme. La nature tient une place importante. L'automne, les orages, les tempêtes sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans les oeuvres romantiques. C'est aussi un mouvement caractérisé par l'expression des sentiments et les formulations passionnées. 

On retrouve bien dans les Hauts de Hurle-vent ces traits relatifs au romantisme, on peut même dire que l'expression de la passion y a été portée à son paroxysme.

C'est un roman aux accents sombres,  avec des personnages torturés (voire même à la limite de la folie) au destin tragique et pourtant il en émane une beauté sauvage (du moins c'est mon ressenti).

C'est impressionnant de constater que ce roman a été écrit par une jeune femme qui avait à peine trente ans et qui vivait quasiment en recluse.

Ce billet est aussi un petit clin d'oeil à la météo du jour ;-)

J'ai pris plaisir à le relire dans le cadre du challenge English Classics. english_classics_vignette

 

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09 novembre 2010

Petit jeu... proposé par Myriam

 

Myriam   me propose de participer au jeu qui tourne en ce moment sur les blogs, et dont le but est de citer quinze auteurs (incluant les poètes), qui nous ont influencé et que nous garderons toujours dans notre cœur. Tout ceci en moins de 15 minutes. Puis le proposer à 15 autres blogs, et à évidemment tous ceux qui souhaitent le faire. 

1/ Victor Hugo 

2/ Thomas Hardy (Tess d'Urberville) 

3/ Pearl Buck

4/ William Styron (Le choix de Sophie)

5/ Charles Baudelaire

6/ Charlotte Brontë (Jane Eyre)

7/ Paul Verlaine

8/ Frederico Garcia Lorca (Théâtre - Yerma, Noces de sang)

9/ Guy de Maupassant

10/ Banana Yoshimoto (Kitchen)

11/ Vincent Delecroix (A la porte, La chaussure sur le toit)

12/ Henri Coulonges (L'adieu à la femme sauvage)

13/ Agatha Christie (je lui dois de nombreuses heures de lecture de ma jeunesse et des relectures par la suite :-)

14/ Marcel Pagnol

15/ Et le dernier auteur que j'ai lue, Rosa Montero ;-)



J'en ai cité 15 comme convenu mais j'aurais pu en citer plus sans problème (dont Harper Lee qui est à l'honneur pour le prochain rendez-vous du blogoclub) ... et je n'ai pas fini mes découvertes...

Pour les auteurs dont une ou deux oeuvres m'ont vraiment marquées, je l'ai précisé.

Je reviendrai désigner quinze blogs un peu plus tard en soirée ...

 

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Challenge Daphné du Maurier

Avant de partir en vacances cet été, je me suis inscrite au challenge Daphné du Maurier organisé par Océane.

Objectif : lire au moins un roman de la dame avant le 31 décembre 2010 (ça va c'est raisonnable... :-)

Si ça vous tente il vous reste à peu près deux mois pour participer. (Cliquez sur l'image ci-dessous pour accéder au billet récapitulatif)

 

challenge_daphne_du_maurier

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06 novembre 2010

La Voleuse de livres - Markus Zusak

la_voleuse_de_livresLa Voleuse de livres de Markus Zusak       coeur26

Titre original : The Book Thief

Traduit de l'anglais (Australie) par Marie-France Girod

Oh! Editions, 2007 pour la traduction en langue française, 632 pages

 

Quatrième de couverture :

Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité.

Liesel Meminger y est parvenue.

Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s'est arrêtée.

Est-ce son destin d'orpheline dans l'Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ? Ou bien sa force extraordinaire face aux évènements ? A moins que ce ne soit son secret... Celui qui l'a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres...

 

Ce que j'en ai pensé : 

Ce livre est original tant sur le fond que sur la forme. La narratrice est la Mort et le récit est parsemé de petites apartés qui sont des précisions apportées par la narratrice, sous forme de réflexions des extraits de livres, de lettres ... on trouve même deux mini-contes enchâssés dans le récit. Le roman contient également quelques termes en allemand, voire, ce qui m'a fait sourire, de verbes allemands conjugués à la française.

Les phrases sont en général assez courte, le style est fluide et très poétique, riche en métaphores. Malgré la personnalité originale de la narratrice, le ton n'est absolument pas macabre. C'est un livre dont il émane, malgré la gravité du thème, beaucoup de tendresse et de douceur.

En janvier 1939, Liesel a neuf ans, presque dix. Sa maman la fait placer dans une famille d'accueil de Molching, une petite ville près de Munich. C'est ainsi que Liesel est confiée à la famille Hubermann, rue Himmel (qu'on pourrait traduire par rue du Paradis en français).

Les Hubermann attendait deux enfants, seule Liesel arrivera à destination, son jeune frère Werner décède pendant le voyage en train. Pourquoi Liesel et son jeune frère devaient-ils être confiés à une famille d'accueil ?  Nous apprendrons que les parents de la fillette étaient communistes, donc ennemis de l'Allemagne nazie. 

UN MOT BIZARRE

Kommunist

Elle l'avait souvent entendu prononcer au cours des dernières années.

"Communistes"

Il y avait des pensions de famille bondées, des pièces emplies de questions. Et ce mot. Ce mot bizarre était partout, debout dans un coin, ou en train d'espionner dans le noir. Il portait un costume, un uniforme. Il était partout présent à chaque fois qu'on parlait de son père. Elle avait son odeur dans les narines, son goût sur les lèvres. Simplement, elle ne savait ni l'épeler, ni le définir.

La rue Himmel se situe dans un quartier modeste de Molching. Et c'est au travers du microcosme de cette rue  que nous allons suivre le déroulement de la seconde guerre mondiale : le quotidien de  Hans Hubermann et sa femme Rosa, qui dissimule sa tendresse et son bon coeur sous une mauvaise humeur et des insultes  chroniques... leurs voisins Frau Holtzapfel et les Schneider dont le fils Rudy deviendra le meilleur ami de Liesel, Frau Diller, la propriétaire de la boutique au coin de la rue, une Aryenne pure et dure ...

Il (Hans Hubermann) exerçait la profession de peintre en bâtiment et jouait de l'accordéon. C'était très utile, notamment en hiver, quand il pouvait se faire un peu d'argent en se produisant dans les bistrots de Molching, comme le Knoller.[...]

Hans Hubermann n'était pas le genre de personne qu'on remarque. Il n'avait rien de spécial. Certes, c'était un bon peintre et ses dons musicaux étaient au-dessus de la moyenne. Mais il pouvait faire partie du décor même quand il était sur le devant de la scène, si vous voyez ce que je veux dire. Il était présent, sans plus. Quelqu'un qu'on ne considère pas comme ayant une valeur particulière.

Or les apparences étaient trompeuses. Car Hans Hubermann était un homme de valeur et cela n'échappa pas à Liesel Meminger.

Une nuit, un étranger mystérieux, Max Vandenburg, vient rejoindre la famille Hubermann.

Lorsqu'elle s'éveilla complètement, elle observa l'étranger couché dans le lit d'en face. Seules ses mèches de cheveux, toutes sur le même côté, dépassaient de la couverture et il ne faisait pas le moindre bruit en dormant, comme s'il était entraîné à être silencieux jusque dans son sommeil.

 

Le livre s'articule autour de la fascination exercée par les mots et de leur pouvoir, de leur puissance : mots mystérieux et inquiétants surpris par une enfant de 9 ans qui n'en comprend pas le sens mais en pressent le danger (communiste), mots qui préservent un secret, mots  qui doivent être réprimés sous peine de mettre leur auteur en danger -  Les mots rebondirent sur les marches et Liesel sentit un flot de colère lui envahir le ventre. "Je hais le Führer, dit-elle. Je le hais. (...) Ne répète jamais ça !" (...) Tu peux dire ça à la maison. Mais ne le dis jamais dans la rue, ni à l'école, ni à la BDM, jamais!"... - mais aussi mots synonyme de voyage dans les livres, d'évasion pour un homme dont la présence doit rester un secret ou de personnes qui se terrent dans un anti antiaérien le temps d'une alerte... mots synonymes  d'amer paradoxe : Mein Kampf. Pour le sauver. Quelle ironie !

Les mots contribueront également  à tisser un lien puissant entre Liesel et son père nourricier Hans Hubermann, puisqu'il lui apprendra à lire et à écrire ... et viendra lui lire des histoires la nuit, pour l'apaiser, quand elle se réveillera en proie à des cauchemars.

La Voleuse de livres est une fable poétique et bouleversante qui m'a énormément touchée.

Elle s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux adolescents.

 

J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune avec Georges Sand, Mango  Ellcrys  Canel  Valérie  Clara ,


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12 septembre 2010

Prenez soin du chien - J.M. Erre

prenez_soin_chienPrenez soin du chien de J.M. Erre

Editions Buchet-Chastel, 2006, 279 pages.

 

Quatrième de couverture :

Rue de la Doulce-Belette, Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, et Eugène Fluche, peintre sur coquilles d'oeuf, habitent en vis-à-vis. Chacun suspecte l'autre de l'épier. La méfiance règne, d'autant plus que le voisinage n'est pas spécialement sain d'esprit. Sans compter les commérages de Mme Ledoux, la gardienne... Quand un cadavre est découvert, c'est une véritable psychose qui s'installe. Seraient-ils allés trop loin ?

 

J.M. Erre vit à Montpellier et enseigne le français dans un lycée à Sète. Prenez soin du chien, son premier roman drôle et impertinent, a connu un vif succès de bouche à oreille.

 

Ce que j'en ai pensé :

Humeur morose, petit coup de déprime saisonnière, spleen de la rentrée ? Ou bien vous pensez que les profs de français sont rien que des sadiques qui prennent plaisir à vous infliger jour après jour le spleen de Baudelaire, l'intégrale des contemplations de Hugo et les descriptions à rallonge de Balzac ? Ce livre est le traitement qu'il vous faut ! Garanti sans effets secondaires, à part peut-être quelques courbatures abdominales et de (très légères) crampes du zygomatique.. mais cette gymnastique faciale contribuera à entretenir la fraîcheur et la jeunesse de votre visage. :-)

Assurément, voici un auteur qui aime l'originalité, et qui l'affiche dès le départ puisque les chapitres sont numérotés par ordre décroissant. 

D'emblée, nous faisons  connaissance avec les personnages, locataires de deux immeubles parisiens, situés en vis-à-vis. L'un des immeubles a été le théâtre d'un meurtre, celui d'en face abritait l'assassin. L'histoire débute par l'emménagement de deux nouveaux locataires dont l'un occupe [la place] l'appartement du mort et l'autre celui du meurtrier. (Désolée, la fonction "barré" de mon éditeur ne fonctionne pas :-(  ). La truculence de l'auteur s'impose tout de suite :

[Max Corneloup] : Je le* revois le jour de mon installation... J'étais descendu attendre mes déménageurs ; il était accroupi sur le palier du 6, planté sur ses ergots, immobile. C'est idiot mais avec son crâne déplumé et ses yeux vides, il me faisait penser à un dindon... Au bout de quelques minutes, deux camions de déménagement ont déboulé dans la rue de la Doulce-Belette, l'un derrière l'autre. Il a dressé son cou, secoué ses plumes... nous allions être voisins.

   Nos gros bras respectifs se sont mis au boulot, dopés par une saine émulation et quelques packs de Kro. Tout se déroula dans une ambiance bon enfant jusqu'au moment où l'énorme Dédé, qui venait de monter mon lit au deuxième étage d'une seule main, décida de faire une pause. Il chercha un perchoir digne de son derrière pour siroter au frais sa canette de bière. Son choix se porta sur une des caisses de mon voisin. Qui explosa.

   Le Dédé avait tout un service en cristal dans les fesses. Mon voisin se mit à braire. mes balèzes firent bloc autour de l'écorché tandis que le camp adverse s'échauffait.

* Note : "le" fait référence à Eugène Fluche, le voisin de Max Corneloup.

Peu à peu, un doute naît dans l'esprit du lecteur... Les deux immeubles abritent en effet une stupéfiante concentration d'originaux. Certaines clauses imposées par le propriétaire pour préserver l'harmonie esthétique de l'ensemble paraissent plus qu'improbables. Alors, peut être que ... nous sommes bien là dans un roman policier, qui, bien que burlesque, est très bien maîtrisé. Les locataires s'épient, les tensions s'exacerbent ... J.M. Erre possède un talent certain pour les expressions imagées qui font mouche, comme pour décrire cette jeune femme  qui sait si bien mettre en valeur son physique avantageux avec beaucoup de goût et très peu de tissu. Il ne badine pas avec l'humour, nous concocte des situations cocasses ou nous dépeint avec une surprenante logique  des situations qui aboutissent dans l'absurde. (Cf, pour ceux qui ont lu le roman, cette anecdote du fiancé qui devient détective privé). Malicieux, il nous a laissé mine de rien un indice de taille dans les pages du roman.

Vous l'aurez compris, j'ai passé un excellent moment et j'ai hâte de découvrir d'autres œuvres de cet auteur.

Elles ont aimé elles aussi : Keisha  Hathaway

 

 

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09 septembre 2010

La pluie, avant qu'elle tombe - Jonathan Coe

lapluieavantquelletombeLa pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan Coecoeur26

Titre original : The rain before it falls

Traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin

Editions Gallimard (Folio), 2009 pour la traduction française, 268 pages

 

Quatrième de couverture :

Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ?

Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave et le plus poignant.

 

Ce que j'en ai pensé :

Roasmond vient de mourir, à l'âge de 73 ans. Elle laisse à sa nièce Gill un curieux testament sous la forme de vingt photos commentées sur des cassettes. Cet héritage est destinée  à une mystérieuse cousine, Imogen, que Gill n'a pas revue depuis vingt ans et qu'elle doit retrouver.

[Gill] : "La seule fois où je l'ai vue, c'était à l'anniversaire de Rosamond - ça devait être pour ses cinquante ans - et à l'époque elle ne devait pas avoir plus de sept ou huit ans." [...]

"Cette dame, dit Rosamond à la petite fille, c'est Gill, ma nièce. Tu ne le sais peut-être pas, mais Gill est de ta famille. Vous êtes cousines. Cousines au deuxième degré, si ça a un sens pour toi. Et elle est venue de très loin pour me voir aujourd'hui, comme toi. J'en ai de la chance, hein, que tous ces gens viennent me rendre visite pour mon anniversaire ! Gill, est-ce que tu t'amuses bien ? ça ne t'embête pas d'emmener un peu Imogen dans le jardin ? Tu sais, je crois qu'elle est un peu perdue, avec tous ces gens."

Imogen était très jolie, et très calme. Elle avait la mâchoire proéminente, un sourire à trous (elle avait perdu trois dents de lait), et ses cheveux blonds lui tombaient dans les yeux. Gill n'aurait jamais deviné qu'elle était aveugle si Rosamond ne le lui avait pas chuchoté avant de disparaître dans la maison.

Très vite, on pressent qu'il y a un lourd secret, qu'il y a eu un drame, dans cette famille.

"C'est drôle, avait dit Gill, qu'on soit de la même famille et qu'on ne se soit jamais rencontrées.

- Je n'habite pas avec ma mère, répondit Imogen. J'ai une autre famille.

- Ils ne sont pas venus avec toi ? demanda Gill en regardant autour d'elle.

- On est venus à Londres tous ensemble. Mais ils n'avaient pas envie de venir à la fête.

Par le biais des photos et les cassettes, Rosamond va essayer de restituer à Imogen son passé, son histoire, son identité. Cette histoire, c'est aussi une partie de l'histoire de la famille de Gill, qui va la découvrir avec ses filles : Elle avait finit par décréter (avec la complicité avide de ses filles)  qu'il serait peut-être raisonnable d'écouter les cassettes d'Imogen, ne serait-ce que dans l'espoir qu'elles renferment un indice permettant de la localiser. Au fil des pages,  j'avais réellement l'impression de feuilleter un album de famille aux côtés de Rosamond, tant le ton employé est naturel, sensible , comme celui d' une personne qui rassemble ses souvenirs, Chaque photo décrite avec soin et j'ai ainsi découvert l'histoire de Rosamond,  étroitement associée à celle d'Imogen. Les personnages et leurs sentiments sont complexes.

Ce roman traite  d'un sujet douloureux,  le désamour maternel, et de ses répercussions sur plusieurs générations. Le personnage de  Rosamond, tout en finesse et en sensibilité, est particulièrement attachant. 

Il ne m'a pas fallu plus de trois jours pour finir le livre.

C'est une lecture commune faite avec Georges Sand, Restling, Chaplum, Nickie, Emilie, Hataway et Karine:) .

Et aussi l'avis de Keisha.

 

Pour les lecteurs que cela intéresserait, j'ai découvert chez Georges Sand qu'il existe un challenge Jonathan Coe organisé par June et  Myrrdin. Le défi : lire au moins deux livres de Jonathan Coe pour le 1er avril 2011 (mini challenge) ou lire les huit romans de Jonathan Coe pour le 1er Novembre 2011 (maxi challenge).

Je crois que je vais m'inscrire pour le mini challenge (en comptant ce livre-ci), en effet j'aimerais bien lire Testament à l'anglaise.

Il est 22h54, nous sommes donc encore le 9 septembre et je suis officiellement dans les temps ;-) ... 

Hataway, si tu passes par là, j'ai lu ton billet, j'ai un ressenti très proche du tien mais je n'ai pas réussi à te laisser de commentaires, impossible d'ouvrir le lien en question. Je réessaierai demain.

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25 août 2010

Hôtel Iris - Yôko Ogawa - Découvrons un auteur # 2

hotel_irisHôtel Iris de Yôko Ogawa

Titre original : Hoteru Airisu

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Editions Actes Sud, collection BABEL, 237 pages.

 

Quatrième de couverture :

Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix : une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l'accompagne, l'accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.

Cette étonnante histoire d'amour, de désir et de mort entraîne le lecteur dans les tréfonds du malaise dont Yôko Ogawa est sans conteste l'une des adeptes les plus douées.

 

Ce que j'en ai pensé :

Dans une ville côtière anonyme, la jeune Mari mène une vie plutôt lugubre aux côtés de sa mère tyrannique. Celle-ci lui a imposé d'arrêter ses études pour travailler à l'hôtel dont elle est propriétaire. C'est ainsi qu'un soir Mari  est témoin d'une altercation entre un vieillard et la femme qui l'accompagne. Immédiatement la jeune fille tombe sous le charme de la voix de cet homme, de ses inflexions autoritaires.

Par hasard, elle retrouve l'homme en ville quelques jours plus tard. Commence alors entre eux une relation étrange, ambigüe, complexe et perverse. L'homme est traducteur et vit solitaire sur une île à proximité de la station balnéaire. Lorsqu'il fait la connaissance de Mari, il travaille sur la traduction d'un roman russe dont l'héroïne, Marie, vit des relations sado-masochistes  avec son professeur d'équitation, puis avec  son époux.

Fascinée, Mari s'abandonne aux exigences de plus en plus perverses du vieillard. La force de Yôko Ogawa est de réussir à faire passer des sentiments dans cette relation sulfureuse et d'en faire ressortir la complexité : le traducteur à la fois despote et impitoyable, mais aussi attentionné et vulnérable, en qui la jeune femme recherche probablement également une figure paternelle. Et Mari, prête à tout pour le retrouver,  pour qui curieusement ces rencontres sont une échappatoire à l'atmosphère glauque de l'Hôtel Iris, entre une mère autoritaire et une femme de ménage sournoise.

Un curieux roman arrivé entre mes mains grâce à la découverte d'un auteur organisée chaque mois par Pimprenelle.

 

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05 août 2010

Pause vacances ...

Petite pause estivale pour le blog, le temps pour moi d'un petit séjour en Italie.

Je serai de retour la dernière semaine d'août. Le billet concernant Yôko Ogawa est rédigé et programmé pour le 25 août (je serai rentrée mais au cas où ...)

A bientôt !

 

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30 juillet 2010

Le secret - Wilkie Collins - Challenge English Classics # 3

secretLe secret de Wilkie Collins

Traduit de l'anglais par Emile Forgues

Editions du Masque, collection Labyrinthes, 2002, 570 pages.

 

Quatrième de couverture :

En cette nuit du 23 Août 1829, sur la côte déchiquetée des Cornouailles, la résidence d'été des Treverton n'est plus que silence et ténèbres. La manoir tout entier est suspendu aux battements du coeur de la maîtresse de maison qui rend bientôt son souffle, laissant derrière elle un époux accablé, une fillette en pleurs et beaucoup de questions sans réponses.

Que contient, par exemple,  cette mystérieuse lettre confiée par Mrs Treverton à sa femme de chambre avant de mourir ? Et quel terrible secret Sarah Leeson préfère-t-elle dissimuler dans la demeure familiale avant de disparaître, s'opposant ainsi aux dernières volontés de la défunte ?

Un secret suffisamment effroyable pour que, des années plus tard, la domestique sorte de son silence afin d'empêcher Rosamund Treverton de retourner sur les lieux de son enfance, au risque d'y perdre son âme...

Wilkie Collins (1824-1889) est considéré aujourd'hui comme le père du roman policier anglais. Il est surtout un remarquable observateur de son temps et n'a pas son pareil pour sonder les âmes les plus sombres.

 

Ce que j'en ai pensé :

Le secret n'est pas un roman policier à proprement parler, dans le sens où il n'y a pas de crime ni d' enquête à mener pour découvrir un assassin. C'est plutôt, comme La pierre de lune ou La dame en blanc un roman à suspense, tout tourne autour d'une énigme à élucider.

Dans ce roman-ci, le secret m'a paru assez facile à découvrir, du moins dans le grandes lignes. J'ai préféré La pierre de lune, l'intrigue m'y a paru plus élaborée et l'humour y est plus présent, notamment grâce au personnage de Gabriel Betteredge. Mais j'ai néanmoins pris beaucoup de plaisir à lire Le secret. Tout comme pour les autres oeuvres de Wilkie Collins que je connais déjà, l'écriture est très soignée et c'est un vrai plaisir à déguster, malgré des descriptions parfois un peu longues. Pour chacun de ses récits, je trouve que l'auteur a réussi à créer des personnages de caractères différents et il a su les rendre crédibles et vivants  : ainsi, cette histoire-ci m'a paru plus romancée que la précédente, l'amour y tient une grande place. Deux figures cocasses, Andrew Treverton et son domestique Shrowl,  viennent égayer l'histoire. Lorsque j'ai découvert en toutes lettres la clé de l'énigme à deux cents pages de la fin, j'ai dans un premier temps éprouvé une petite déception. Néanmoins, en poursuivant ma lecture, j'ai continué à éprouver de l'intérêt pour l'histoire. Je ne pense pas qu'il faille se lancer dans la lecture de ce livre pour en attendre un suspense haletant (c'est loin d'être le cas) mais l'envisager dans un sens plus large, un roman victorien avec une intrigue. D'ailleurs l'ambiance, la peinture de moeurs victorienne sont des éléments qui me font apprécier l'écriture de Wilkie Collins.

En ce qui concerne la traduction, l'emploi récurrent du terme baby dans la version française, m'a un peu intriguée autant qu' agacée. Ce livre étant traduit de l'anglais, qu'est-ce qui a bien pu pousser le traducteur à conserver un mot en langue originale, d'autant plus que ce terme n'est guère utilisé en français ? Mystère ...

En résumé, Le secret m'a réservé une moment de lecture très agréable. J'ai beaucoup apprécié la qualité de l'écriture et je conseillerais plutôt ce roman à suspense à des lecteurs au caractère romantique.

Je joindrai bientôt un petit extrait à ce billet.

 

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge English Classics. english_classics_vignette

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20 juillet 2010

Le chien des Baskerville - Sir Arthur Conan Doyle - English Classics # 2

chien_baskervilleLe chien des Baskerville de Conan Doyle.

Titre original : The hound of the Baskervilles

Traduction de Bernard Tourville

Editions Robert Laffont, 254 pages

 

Résumé :

Depuis plusieurs générations, une malédiction pèse sur la famille Baskerville. Ses membres décèdent les uns après les autres de mort violente et mystérieuse. La légende en attribue la cause à un chien diabolique, créature  surnaturelle qui vengerait le meurtre d'une servante commis plus d'un siècle auparavant par Hugo Baskerville.

La dernière victime en date est Sir Charles Baskerville, philanthrope qui vivait de manière assez retirée en compagnie de quelques domestiques à Baskerville Hall.  Sir Charles a été retrouvé dans une allée de son jardin, décédé manifestement à la suite d'une fuite éperdue, le visage déformé par la terreur. Son médecin et ami le docteur Mortimer, appelé sur les lieux, a remarqué à quelque distance du corps les empreintes d'un chien  gigantesque.

Le docteur Mortimer souhaite engager Sherlock Holmes et son fidèle assistant le docteur Watson, pour enquêter sur la mort de Sir Charles et assurer la protection de Sir Henry, dernier héritier des Baskerville.

 

Ce que j'en ai pensé :

Je me suis replongée avec délices dans cette aventure que j'ai déjà lues plusieurs fois. Mon exemplaire est d'ailleurs une véritable relique, à la couverture fatiguée et aux pages jaunies. Je n'ai évidemment pas eu le plaisir de la découverte, mais j'ai à nouveau apprécié la qualité de l'intrigue. Le narrateur, qui n'est autre que  le docteur Watson,  nous livre son témoignage, en tant qu'assistant du détective. Nous suivons ainsi la progression de l'enquête ... ou bien nous sommes, avec le narrateur,  habilement égarés vers de fausses pistes. Les rapports entre Sherlock Holmes et le docteur Watson, ce dernier servant de faire valoir au génial enquêteur qui ne doute à aucune moment de ses capacités, peuvent de temps en temps agacer quand on n'apprécie pas particulièrement l'arrogance.

Tout au long de l'histoire se déploie une ambiance mystérieuse et inquiétante. Beauté sauvage et inhospitalière de la lande,  sinistres et perfides marécages de Grimpen,  habitants aussi âpres et tourmentés que la nature qui les environne, climat pluvieux contribuent à  donner une atmosphère puissante à ce roman. 

Le chien des Baskerville est paru pour la première fois en 1901 dans le Stand Magazine.

 

J'ai lu ce livre dans la cadre du challenge     english_classics_vignette

Comme le défi était de lire au moins deux classiques anglais, j'ai atteint mon but mais rassurez vous (ou désolez vous ! :-) ), je ne m'arrêterai pas là. D'autres articles devraient bientôt arriver.

 

Posté par soieditenpassant à 20:07 - - Commentaires [13] - Rétroliens [0]
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