illbongLe voyage d'une artiste coréenne en Normandie de Illbong, Pak Chong-ja

Editions Ouest France, le lecteur de l'imaginaire, 2006

Est-il possible de tomber amoureuse d'un livre ?

Si tel est le cas, je suis assurément tombée amoureuse de celui-là.

Je pense que ce livre ravira tous les amoureux d'art oriental, pour ce qu'il implique de douceur, de poésie et de délicatesse. Le Japon étant assez présent sur mon blog, je suis heureuse que ce livre soit pour moi l'occasion de faire une belle place à la Corée.

Ce livre magnifique présente les oeuvres d'une artiste peintre coréenne, Ilbong ou Pat Chong-ja, qui a séjourné à plusieurs reprises en France, avant de s'établir définitivement en Normandie en 1998.

Le hasard a voulu que je naisse à Paris où j'ai passé mes deux premières années, avant de revenir dans les Yvelines il y a dix ans pour raisons professionnelles, et j'avoue être très attachée à cette région. Mais mes parents sont normands et j'ai vécu 32 ans en Normandie. C'est la région où j'ai vécu mon enfance, puis mon adolescence, c'est là où je me suis mariée et où mes deux premiers enfants ont vu le jour, une région où réside une grande partie de ma famille également.

Pour ces raisons, vous comprendrez que ce livre est très particulier pour moi.

Exceptionnellement, je vais consacrer deux billets à ce livre d'environ 140 pages.

Lors des 8 premières pages, superbement illustrées elles aussi, l'artiste  expose son parcours en tant que peintre, son approche personnelle de  la peinture. C'est un livre qui se savoure pour le plaisir des yeux, mais c'est également un livre qui se lit : en effet, par la suite, en regard de chaque oeuvre présentée se trouve un petit texte narratif ou poétique de Pak Chong-ja. Et, le must, chaque texte est également présenté en calligraphie.

Lors d'un autre billet, je vous en présenterai des extraits et quelques photos.

Pour les personnes que cela intéresserait, il existe chez le même éditeur (Ouest France) d'autres livres d'artistes peintres étrangers dont  Le voyage d'un peintre chinois à Paris et Le voyage d'un peintre chinois en Bretagne, tout deux de Yifu He.

Pour aujourd'hui, je vous laisse avec cet extrait du livre de Ilbong (qui signifie Le Phénix) :

Contrairement à la réputation que certains Coréens ont faite à cette région de France, dont on a retenu surtout le ciel nuageux, le temps maussade, humide et presque toujours pluvieux, susceptible de conduire les Orientaux au bord de la dépression nerveuse par manque de soleil, cette Normandie d'une étonnante verdure à mes yeux coréens m'est apparue comme très lumineuse et baignée d'une lumière extrêmement riche et variée aux yeux de l'artiste, une lumière qui, généralement très douce, sait aussi, en particulier pendant la saison estivale, surtout en bordure de mer, être beaucoup plus violente que dans mon pays natal. Paradoxalement, j'oserais dire que la Normandie reste lumineuse même sous la pluie et que, s'ils restent parfois sombres et brumeux, les jours sans soleil possèdent une atmosphère empreinte d'une sorte de séduction et d'un pouvoir presque envoûtant.

J'ai trouvé très touchant et émouvant dans ce livre, de sentir intimement cohabiter aussi bien dans les textes que sur les peintures, la Corée et la Normandie ... l'auteure a su mêler, comme des couleurs sur une palette, Orient et Occident, comme si un petit vent, une lumière coréenne avaient soudain enveloppé la Normandie, une Normandie que nous reconnaissons bien mais qui prend soudain un peu de l'éclat et de la magie coréenne.

Un plus : l'artiste a également présenté quelques unes de ses oeuvres coréennes.

Au début, quand je voyageais en Normandie, dont mon mari me racontait l'histoire, la culture, les habitudes et les coutumes, à la vue de la luxuriante végétation, j'avais l'illusion de vivre un rêve. Les personnes qui connaissent la Corée doivent se rendre compte que cette plantureuse verdure et ces arbres énormes, débordant de vie, qui s'élancent tout droit vers le ciel, sont bien loin de la maigre verdure des collines coréennes et de leurs arbres souvent tordus, rabougris et noueux comme les membres et le corps des vieillards de l'Orient d'autrefois. On peut cependant y trouver parfois aussi une végétation et des arbres tourmentés comme ceux de Corée, par exemple sur le littoral de la presqu'île du Cotentin, où les pins maritimes torturés par les rafales de vent qui soufflent de la mer sont incapables de pousser à la verticale et baissent la tête pour se protéger.

[...] Ici tout est beaucoup plus différent qu'il ne semble aux yeux de l'homme ordinaire. Les bruits et le silence sont aussi très différents à l'oreille de l'artiste qui sait les écouter, car le silence lui-même mérite d'être écouté et doit être exprimé dans l'oeuvre de l'artiste.