Plein Automne
L'automne est dans la parc, avec ses feuilles mortes,
Avec son vent de pluie qui siffle sous la porte ;
Le soleil est frileux, il s' embrume, s'enrhume,
Se lève tard, se couche tôt, déçoit la lune.
Et les petits garçons et les petites filles,
Avec la nostalgie - double glace vanille -
S'en vont chaque matin, rêvant, bavards, rieuses,
A l'école briquée qui sent l'eau savonneuse.
Les marchands de marrons aux carrefours s'installent,
On a rangé dans les placards et dans les malles
Les vêtements d'été jusqu'à l'année prochaine.
Adieu, cotons légers ! C'est le temps de la laine ....
Peu à peu on oublie le sable chaud des plages,
Noël est dans la tête et rend les enfants sages
Et, quand il faut aller se coucher de bonne heure,
Petits garçons, petites filles, pas un ne pleure.
Roger-Pol COTTEREAU
L'automne
Une poésie de Victor Hugo. J'aime et cette poésie et son auteur, même si ma vision de l'automne diffère de la sienne.
L'aube est moins claire, l'air moins chaud, le ciel moins pur.
Le soir brumeux ternit les astres de l'azur.
Les longs jours sont passés, les mois charmants finissent.
Hélas ! voici déjà les arbres qui jaunissent .
Comme le temps s'en va d'un pas précipité !
Il me semble que nos yeux, qu'éblouissait l'été,
Ont à peine eu le temps de voir les feuilles vertes.
Pour qui vit comme moi les fenêtres ouvertes,
L'automne est triste avec sa bise et son brouillard,
Et l'été qui s'enfuit est un ami qui part.
Victor Hugo (1802-1885)
LE MOT .... de Victor Hugo
Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes
;
TOUT, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce MOT — que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle
;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera
;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l'homme en face dit :
"Me voilà ! Je sors de la bouche d'un tel."
Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.






















