20 novembre 2010

Instructions pour sauver le monde - Rosa Montero

instructions_sauver_mondeInstructions pour sauver le monde de Rosa Montero       coeur26

Titre original : Instrucciones para salvar el mundo

Traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse

Editions Métailié, 2009 pour la traduction française, 270 pages

 

Quatrième de couverture :

Quatre personnages plongés dans l'apocalypse de la modernité d'une grande cité vont voir leurs destins se croiser. Un chauffeur de taxi veuf qui ne peut pas se consoler de la mort de sa femme, un médecin sans illusions perdu dans les espaces virtuels de Second Life, une prostituée africaine accrochée à la vie que protège son totem, un petit lézard, et une vieille scientifique alcoolique et pédagogue sont les héros de ce conte philosophique sur fond d'assassinat en série, de terrorisme et de petits prodiges.

En raconteuse d'histoires étranges talentueuse, Rosa Montero nous parle des hasard et des coïncidences et écrit une histoire d'espérance, une tragicomédie entre humour et émotion. Un texte captivant qui nous montre que 'la vie est belle, folle et douloureuse. Une fable pour adultes qui invite à profiter de la beauté, maîtriser la douleur et rire de cette incroyable folie".

 

Ce que j'en ai pensé :

Une écriture magnifique qui nous fait plonger dans le destin de quatre êtres torturés, dans la solitude d'une grande ville. "Désespoir urbain" aurait pu être un autre titre, bien que ces personnages soient avant tout prisonniers d'eux mêmes. Au travers de ces quatres héros, mais aussi de ceux qui les croisent, Rosa Montero a su montrer la noirceur et la cruauté sans limite de l'âme humaine, l'étau lancinant et obsessionnel du désespoir. Mais  elle nous montre aussi la force de la dignité, le rayonnement intérieur porté par la foi en la vie de certains êtres, quoiqu'il advienne, en dépit des horreurs qu'ils doivent surmonter...  D'autres, au contraire, semblent avoir le salut à portée de main mais n'ont pas la force de le retenir et le laissent échapper... Des instructions pour sauver le monde, il n'y en a pas vraiment, ce qui n'est guère surprenant. Pourtant derrière cette lucidité parfois impitoyable (les observations de la perplexité et des contradictions de l'âme humainesont vraiment bien trouvées), cet abîme, transparaît, tenace et bien déterminée à survivre, une petite flamme d'espoir en la bonté de l'homme. La solitude n'est pas inéluctable, il suffit de tendre la main et ceux que nous croisons sans les voir pourraient bien nous surprendre. Et si, finalement, les instructions pour sauver le monde c'était cela : l'espoir et cultiver sans cesser d'y croire la bonté que l'homme porte en lui ... 

Extraits :

Avez-vous déjà senti la terreur des nuits, l'étouffement des cauchemars, l'obscurité qui murmure sur votre nuque de son haleine froide que, même si vous ne savez pas combien de temps il vous reste, vous n'êtes qu'un condamné à mort ? Et pourtant, le lendemain, la vie explose de nouveau dans son joyeux mensonge d'éternité.

SL* n'était pas un jeu, mais peu après être rentré dans cette autre réalité Daniel s'aperçut que là-dedans, il s'autorisait à jouer et à ressentir. Il avait presque oublié comment c'était d'avoir des sentiments, parce qu'il vivait anesthésié depuis trop longtemps. Un jour, il avait remarqué qu'il s'était retrouvé sans émotions ; elles étaient tombées de lui au cours de sa vie de manière imperceptible mais continue, exactement comme ses cheveux avaient peu à peu déserté sa tête dans une fuite capillaire lâche et discrète.

Un grand merci à Keisha qui fait voyager ce livre.

Posté par soieditenpassant à 11:18 - - Commentaires [5] - Rétroliens [0]


11 novembre 2010

Les hauts de Hurlevent de Emily Brontë - Challenge English Classics # 4

hauts_de_hurleventLes Hauts de Hurle-Vent de Emily Brontë

Titre original : Wuthering Heights

Traduction de Frédéric Delebecque

Editions Payot, année inconnue, 441 pages

 

Emily Brontë (30 juillet 1818 - 19 décembre 1848) n'avait pas encore trente ans quand elle a composé Les hauts de Hurle-vent. Ce livre a été publié pour la première fois, à compte d'auteur, vers la fin 1847, un an avant le décès de son auteur. En raison des préjugés à l'encontre des auteurs féminins, Emily Brontë a alors utilisé le pseudonyme masculin d' Ellis Bell.

En 1846, Emily avait déjà publié, avec ses soeurs Charlotte et Anne, un recueil de  poésies. Les poèmes d'Emily Brontë sont reconnus pour être de grande qualité. Beaucoup d'entre eux ont été écrits dans le cadre du cycle de Gondal, un pays imaginaire qu'elle a créé avec sa soeur Anne.

 

L'histoire :

Le récit débute ainsi :

1801. - Je viens de rentrer après une visite à mon propriétaire, l'unique voisin dont j'ai à m'inquiéter. En vérité, ce pays-ci est merveilleux! Je ne crois pas que j'eusse pu trouver, dans toute l'Angleterre, un endroit plus complètement à l'écart de l'agitation mondaine. Un vrai paradis pour misanthrope : et Mr Heathcliff et moi sommes si bien faits pour nous partager ce désert!

Mr Lockwood, le narrateur, dont nous apprendrons en fait assez peu de choses, a loué à Mr Heathcliff  le manoir de Thrushcross Grange (La Grange aux Grives) pour un an. Il est intrigué par ses fort peu sociables voisins, habitant à quelques miles de là une demeure baptisée Les Hauts de Hurle-Vent :

  Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent), tel est le nom de l'habitation de Mr Heathcliff : "wuthering" est un provincialisme qui rend d'une façon expressive le tumulte de l'atmosphère auquel sa situation expose cette demeure en temps d'ouragan. Certes on doit avoir là-haut un air pur et salubre en toute saison : la force avec laquelle le vent du nord souffle par-dessus la crête se devine à l'inclinaison excessive de quelques sapins rabougris plantés à l'extrémité de la maison, et à une rangée de maigres épines qui toutes étendent leurs rameaux du même côté, comme si elles imploraient l'aumône du soleil. Heureusement l'architecte a eu la précaution de bâtir solidement : les fenêtres étroites  sont profondément enfoncées dans le mur et les angles protégés par de grandes pierres en saillie.

   Avant de franchir le seuil, je me suis arrêté pour admirer une quantité de sculptures grotesques prodiguées sur la façade, spécialement autour de la porte principale. Au-dessus de celle-ci, et au milieu d'une nuée de griffons délabrés et de bambins éhontés, j'ai découvert la date "1500" et le nom de "Hareton Earnshaw". J'aurais bien fait quelques commentaires et demandé au revêche propriétaire un histoire succincte du domaine ; mais son attitude à la porte semblait exiger de moi une entrée rapide ou un départ définitif, et je ne voulais pas aggraver son impatience avant d'avoir inspecté l'intérieur.

Lorsque s'ouvre le livre, les Hauts de Hurle-Vent sont habités par le taciturne et sauvage Heathcliff, sa belle-fille Cathy, le domestique Joseph, revêche et bigot, et Hareton Earnshaw, cousin bourru et mal dégrossi de Cathy.

Deux récits vont alors s'enchâsser l'un dans l'autre : celui du séjour de Mr Lockwood  à Thrushcross Grange d'octobre 1801 à octobre 1802, au travers duquel  nous apprenons le destin funeste de deux familles voisines, les Linton et les Earnshaw. Leur histoire est rapportée par Hélène Dean, femme de charge de Thrushcross Grange, anciennement au service de la famille Linton.

 

Ce que j'en ai pensé :

Il est  fascinant de constater à quel point, dans ce roman, les personnages semblent être le reflet de la nature qui les environne : la lande sauvage, austère, désolée, battue par les vents, indomptable en quelque sorte, m'évoque clairement le caractère de Heathcliff et de Catherine Earnshaw, et dans une moindre mesure celui de Joseph et de Hareton.

Les Hauts de Hurle-Vent est aujourd'hui considéré comme l'une dernière oeuvres majeures du romantisme européen. 

Le romantisme est un mouvement culturel européen qui caractérise le début du XIXème siècle. En France, parmi nos auteurs romantiques, on peut citer par exemple Victor Hugo et Charles Baudelaire.

Le romantisme se caractérise notamment par l'expression d'un certain mal-être, d'un d'état mélancolique. Parfois, même, le héros s'y complaît et s'y enferme. La nature tient une place importante. L'automne, les orages, les tempêtes sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans les oeuvres romantiques. C'est aussi un mouvement caractérisé par l'expression des sentiments et les formulations passionnées. 

On retrouve bien dans les Hauts de Hurle-vent ces traits relatifs au romantisme, on peut même dire que l'expression de la passion y a été portée à son paroxysme.

C'est un roman aux accents sombres,  avec des personnages torturés (voire même à la limite de la folie) au destin tragique et pourtant il en émane une beauté sauvage (du moins c'est mon ressenti).

C'est impressionnant de constater que ce roman a été écrit par une jeune femme qui avait à peine trente ans et qui vivait quasiment en recluse.

Ce billet est aussi un petit clin d'oeil à la météo du jour ;-)

J'ai pris plaisir à le relire dans le cadre du challenge English Classics. english_classics_vignette

 

Posté par soieditenpassant à 19:27 - - Commentaires [12] - Rétroliens [0]
Tags : ,
25 août 2010

Hôtel Iris - Yôko Ogawa - Découvrons un auteur # 2

hotel_irisHôtel Iris de Yôko Ogawa

Titre original : Hoteru Airisu

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Editions Actes Sud, collection BABEL, 237 pages.

 

Quatrième de couverture :

Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix : une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l'accompagne, l'accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.

Cette étonnante histoire d'amour, de désir et de mort entraîne le lecteur dans les tréfonds du malaise dont Yôko Ogawa est sans conteste l'une des adeptes les plus douées.

 

Ce que j'en ai pensé :

Dans une ville côtière anonyme, la jeune Mari mène une vie plutôt lugubre aux côtés de sa mère tyrannique. Celle-ci lui a imposé d'arrêter ses études pour travailler à l'hôtel dont elle est propriétaire. C'est ainsi qu'un soir Mari  est témoin d'une altercation entre un vieillard et la femme qui l'accompagne. Immédiatement la jeune fille tombe sous le charme de la voix de cet homme, de ses inflexions autoritaires.

Par hasard, elle retrouve l'homme en ville quelques jours plus tard. Commence alors entre eux une relation étrange, ambigüe, complexe et perverse. L'homme est traducteur et vit solitaire sur une île à proximité de la station balnéaire. Lorsqu'il fait la connaissance de Mari, il travaille sur la traduction d'un roman russe dont l'héroïne, Marie, vit des relations sado-masochistes  avec son professeur d'équitation, puis avec  son époux.

Fascinée, Mari s'abandonne aux exigences de plus en plus perverses du vieillard. La force de Yôko Ogawa est de réussir à faire passer des sentiments dans cette relation sulfureuse et d'en faire ressortir la complexité : le traducteur à la fois despote et impitoyable, mais aussi attentionné et vulnérable, en qui la jeune femme recherche probablement également une figure paternelle. Et Mari, prête à tout pour le retrouver,  pour qui curieusement ces rencontres sont une échappatoire à l'atmosphère glauque de l'Hôtel Iris, entre une mère autoritaire et une femme de ménage sournoise.

Un curieux roman arrivé entre mes mains grâce à la découverte d'un auteur organisée chaque mois par Pimprenelle.

 

logo_ogawa

Posté par soieditenpassant à 08:00 - - Commentaires [11] - Rétroliens [0]
30 juillet 2010

Le secret - Wilkie Collins - Challenge English Classics # 3

secretLe secret de Wilkie Collins

Traduit de l'anglais par Emile Forgues

Editions du Masque, collection Labyrinthes, 2002, 570 pages.

 

Quatrième de couverture :

En cette nuit du 23 Août 1829, sur la côte déchiquetée des Cornouailles, la résidence d'été des Treverton n'est plus que silence et ténèbres. La manoir tout entier est suspendu aux battements du coeur de la maîtresse de maison qui rend bientôt son souffle, laissant derrière elle un époux accablé, une fillette en pleurs et beaucoup de questions sans réponses.

Que contient, par exemple,  cette mystérieuse lettre confiée par Mrs Treverton à sa femme de chambre avant de mourir ? Et quel terrible secret Sarah Leeson préfère-t-elle dissimuler dans la demeure familiale avant de disparaître, s'opposant ainsi aux dernières volontés de la défunte ?

Un secret suffisamment effroyable pour que, des années plus tard, la domestique sorte de son silence afin d'empêcher Rosamund Treverton de retourner sur les lieux de son enfance, au risque d'y perdre son âme...

Wilkie Collins (1824-1889) est considéré aujourd'hui comme le père du roman policier anglais. Il est surtout un remarquable observateur de son temps et n'a pas son pareil pour sonder les âmes les plus sombres.

 

Ce que j'en ai pensé :

Le secret n'est pas un roman policier à proprement parler, dans le sens où il n'y a pas de crime ni d' enquête à mener pour découvrir un assassin. C'est plutôt, comme La pierre de lune ou La dame en blanc un roman à suspense, tout tourne autour d'une énigme à élucider.

Dans ce roman-ci, le secret m'a paru assez facile à découvrir, du moins dans le grandes lignes. J'ai préféré La pierre de lune, l'intrigue m'y a paru plus élaborée et l'humour y est plus présent, notamment grâce au personnage de Gabriel Betteredge. Mais j'ai néanmoins pris beaucoup de plaisir à lire Le secret. Tout comme pour les autres oeuvres de Wilkie Collins que je connais déjà, l'écriture est très soignée et c'est un vrai plaisir à déguster, malgré des descriptions parfois un peu longues. Pour chacun de ses récits, je trouve que l'auteur a réussi à créer des personnages de caractères différents et il a su les rendre crédibles et vivants  : ainsi, cette histoire-ci m'a paru plus romancée que la précédente, l'amour y tient une grande place. Deux figures cocasses, Andrew Treverton et son domestique Shrowl,  viennent égayer l'histoire. Lorsque j'ai découvert en toutes lettres la clé de l'énigme à deux cents pages de la fin, j'ai dans un premier temps éprouvé une petite déception. Néanmoins, en poursuivant ma lecture, j'ai continué à éprouver de l'intérêt pour l'histoire. Je ne pense pas qu'il faille se lancer dans la lecture de ce livre pour en attendre un suspense haletant (c'est loin d'être le cas) mais l'envisager dans un sens plus large, un roman victorien avec une intrigue. D'ailleurs l'ambiance, la peinture de moeurs victorienne sont des éléments qui me font apprécier l'écriture de Wilkie Collins.

En ce qui concerne la traduction, l'emploi récurrent du terme baby dans la version française, m'a un peu intriguée autant qu' agacée. Ce livre étant traduit de l'anglais, qu'est-ce qui a bien pu pousser le traducteur à conserver un mot en langue originale, d'autant plus que ce terme n'est guère utilisé en français ? Mystère ...

En résumé, Le secret m'a réservé une moment de lecture très agréable. J'ai beaucoup apprécié la qualité de l'écriture et je conseillerais plutôt ce roman à suspense à des lecteurs au caractère romantique.

Je joindrai bientôt un petit extrait à ce billet.

 

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge English Classics. english_classics_vignette

Posté par soieditenpassant à 15:52 - - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
20 juillet 2010

Le chien des Baskerville - Sir Arthur Conan Doyle - English Classics # 2

chien_baskervilleLe chien des Baskerville de Conan Doyle.

Titre original : The hound of the Baskervilles

Traduction de Bernard Tourville

Editions Robert Laffont, 254 pages

 

Résumé :

Depuis plusieurs générations, une malédiction pèse sur la famille Baskerville. Ses membres décèdent les uns après les autres de mort violente et mystérieuse. La légende en attribue la cause à un chien diabolique, créature  surnaturelle qui vengerait le meurtre d'une servante commis plus d'un siècle auparavant par Hugo Baskerville.

La dernière victime en date est Sir Charles Baskerville, philanthrope qui vivait de manière assez retirée en compagnie de quelques domestiques à Baskerville Hall.  Sir Charles a été retrouvé dans une allée de son jardin, décédé manifestement à la suite d'une fuite éperdue, le visage déformé par la terreur. Son médecin et ami le docteur Mortimer, appelé sur les lieux, a remarqué à quelque distance du corps les empreintes d'un chien  gigantesque.

Le docteur Mortimer souhaite engager Sherlock Holmes et son fidèle assistant le docteur Watson, pour enquêter sur la mort de Sir Charles et assurer la protection de Sir Henry, dernier héritier des Baskerville.

 

Ce que j'en ai pensé :

Je me suis replongée avec délices dans cette aventure que j'ai déjà lues plusieurs fois. Mon exemplaire est d'ailleurs une véritable relique, à la couverture fatiguée et aux pages jaunies. Je n'ai évidemment pas eu le plaisir de la découverte, mais j'ai à nouveau apprécié la qualité de l'intrigue. Le narrateur, qui n'est autre que  le docteur Watson,  nous livre son témoignage, en tant qu'assistant du détective. Nous suivons ainsi la progression de l'enquête ... ou bien nous sommes, avec le narrateur,  habilement égarés vers de fausses pistes. Les rapports entre Sherlock Holmes et le docteur Watson, ce dernier servant de faire valoir au génial enquêteur qui ne doute à aucune moment de ses capacités, peuvent de temps en temps agacer quand on n'apprécie pas particulièrement l'arrogance.

Tout au long de l'histoire se déploie une ambiance mystérieuse et inquiétante. Beauté sauvage et inhospitalière de la lande,  sinistres et perfides marécages de Grimpen,  habitants aussi âpres et tourmentés que la nature qui les environne, climat pluvieux contribuent à  donner une atmosphère puissante à ce roman. 

Le chien des Baskerville est paru pour la première fois en 1901 dans le Stand Magazine.

 

J'ai lu ce livre dans la cadre du challenge     english_classics_vignette

Comme le défi était de lire au moins deux classiques anglais, j'ai atteint mon but mais rassurez vous (ou désolez vous ! :-) ), je ne m'arrêterai pas là. D'autres articles devraient bientôt arriver.

 

Posté par soieditenpassant à 20:07 - - Commentaires [13] - Rétroliens [0]
Tags : , ,


Votre chat vous aime-t-il vraiment ? - Eric-Emmanuel Schmitt - Découvrons un auteur # 1

votre_chat_vous_aime_t_il_vraimentVotre chat vous aime-t-il vraiment ? Une nouvelle de Eric-Emmanuel Schmitt.

Editions Pathé, 2007, 45 pages.

Cette nouvelle, parue aux Editions Pathé, était jointe au DVD Odette Toulemonde. Je ne pense pas  qu'elle ait été diffusée  séparément. Je la propose en livre voyageur.

Voici donc comment tout commence :

Au début, comme tout le monde, j'ai trouvé ça drôle.

Très drôle, même.

Ce matin-là, après avoir sauté du lit dans mon pantalon, sans passer sous la douche, je sortis en hâte mes chiens dont les plaintes signalaient un besoin urgent de soulagement.

Redoutant de devoir m'arrêter pour parler avec un voisin alors qu'une sale faim torturait mon estomac, j'avançais tête basse, le front préoccupé, remorqué par mon attelage de labradors haletants, langues pendantes, mousse de bave autour des gueules. Il faut préciser qu'Hugo, Boris et Thermidor, crocs parfaits, poitrails puissants, muscles saillants sous leur poil noir lustré, écartent les piétons, créant un couloir de respect terrorisé dans lequel je n'ai qu'à me laisser glisser. Je soupçonne ces animaux imaginatifs de se prendre pour des chiens de traîneaux et de s'amuser à me transformer en une sorte de Ben Hur sans char.

Alors que nous déboulions sur la place gazonnée où ils lèvent leur première patte du jour, mon cerveau reçut le message.

- Votre chat vous aime-t-il vraiment ?

La phrase me frappa d'emblée au plus profond.

- Votre chat vous aime-t-il vraiment ?

Bonne question, me dis-je, je ne me l'étais jamais posée... Mon chat m'aime-t-il vraiment ?

Comme je craignais d'apporter une réponse à cette interrogation - j'avais naturellement remplacé "chat" par "chien"  -, je ris de l'incongruité de la situation. Quelle idée cocasse ! Qui s'amuse à poser de telles affiches dans la rue ?

Dès que j'eus permis à Hugo, Boris et Thermidor, d'écrire à jets d'urine contre les arbres leur journal quotidien à l'intention des autres quadrupèdes du quartier, je les tirai pour revenir vers les parcmètres où étaient placardés  une dizaine de prospectus, de simples photocopies sans couleurs, lettres blanches se détachant sur fond grisé. Ni logo ni message n'accompagnaient ces mots : votre chat vous aime-t-il vraiment ?

Etait-ce le début d'une campagne publicitaire ? Nous révèlerait-on le nom de la marque plus tard ?

En poursuivant la promenade, je découvris que l'annonce avait été placée en maints endroits, bancs publics, panneaux de signalisation, abribus. Du travail d'amateur. J'eus l'idée que cette prolifération n'affectait que notre quartier et ne touchait pas le reste de la ville, hypothèse que je vérifiai dans l'après midi en me rendant à plusieurs rendez-vous.

J'en déduisis que l'auteur de cette campagne locale devait être un individu, pas une compagnie commerciale. Un nouveau message nous révèlerait bientôt son identité.

La semaine s'écoula. Les papiers disparaissaient, soit qu'ils tombassent d'eux-mêmes, soit qu'on les arrachât. A mesure qu'ils s'envolaient, ils quittaient mon esprit.

Lundi, propulsé au dehors par mes trois molosses qui me traînèrent ensuite jusqu'à la place, je découvris la nouvelle livraison :

- Croyez-vous que c'est pour vous que le soleil se lève ?

 

Ce que j'en ai pensé :

C'est une petite histoire plaisante à lire pour se détendre. Le narrateur, un écrivain, intrigué par ces affiches, mène son enquête. Conquise par ce sympathique quatuor - l'écrivain bonhomme sillonnant son quartier remorqué par ses fougueux molosses -,  je me suis attachée à leurs pas, impatiente de découvrir le fin mot de l'affaire. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, le chat n'est omniprésent dans ces pages, mais tient, d'une certaine façon, un rôle crucial. Avis aux lecteurs, donc, n'ouvrez pas ces pages en espérant y lire l'histoire d'un chat ou un manuel de psychologie féline.

Quant au  passage que j'ai cité en introduction, il reflète assez fidèlement le ton du livre. C'est un style comme je les aime, utilisant des tournures assez soutenues et soignées, sans pour autant être pompeux. J'ai apprécié l'humour dont l'auteur a généreusement fait preuve tout au long de son récit, prêtant à sourire  même lorsqu'il évoque des situations plus sombres.

 

J'ai lu cette nouvelle dans le cadre du thème Découvrons un auteur organisé par Pimprenelle. Ce mois-ci, Eric-Emmanuel Schmitt était donc à l'honneur, et le mois prochain nous lirons un livre de Yoko Ogawa.

Vous pouvez trouver les liens vers les billets des différents participants en cliquant sur le logo ci-dessous.

 

logo_schmitt

 

 

Posté par soieditenpassant à 08:00 - - Commentaires [13] - Rétroliens [0]
Tags : ,
19 juillet 2010

Mort en lisière - Margaret Atwood - Prix Littéraire des Blogueurs # 4

9782221113806Mort en lisière de Margaret Atwood
Titre original : Wilderness tips
Traduit de l'anglais (Canada) par François Dupuigrenet-Desroussilles
Editions Robert Laffont, collection Pavillons Poche, 1996 et 2009 pour la traduction française

Quatrième de couverture :

Qu'est ce qui fait déraper une existence ? Un souvenir, une rupture, la prise de conscience soudaine que tel évènement était plus important qu'il n'a paru d'abord ? Pourquoi, par un beau jour, un ressort se grippe-t-il, donnant soudain à nos vies un tour inattendu, un goût doux-amer, lucide et ironique à la fois ?

C'est à ces questions que Margaret Atwood tente de répondre à travers les dix nouvelles qui composent ce livre, dont les protagonistes - hommes et femmes, femmes surtout - sont tous unis par cette expérience secrète.

L'auteur du Tueur aveugle et de tant d'autres chefs-d'oeuvre (La Servante écarlate, Oeil-de-chat) nous offre des récits tendres et incisifs qui confirment son intelligente aigüe de la société contemporaine et de la condition humaine, cette sensibilité qui lui vaut une véritable reconnaissance - le terme n'est pas trop fort - de la part de très nombreux lecteurs qu'elle a conquis à travers le monde.

 

Ce que j'en ai pensé :

Je me suis laissée porter par ce livre sans déplaisir mais sans vraiment entrer dans les histoires. C'était pour moi l'occasion d'avoir un aperçu de la littérature canadienne. Le Toronto des années soixante à quatre-vingt est assez présent. Ces nouvelles mettent en scène des personnes qui se remémorent leur passé... leur vie n'a pas évolué comme elles auraient pu s'y attendre. J'ai déambulé au fil de ces histoires un peu comme une touriste qui découvre une ville avec un oeil curieux,  aimerait approfondir sa visite et mieux connaître les habitants, mais malgré ce désir reste finalement à un stade assez superficiel. Peut être est-ce dû au rythme qui m'a paru assez lent, j'ai eu l'impression d'être  engluée dans une époque révolue et mélancolique. Il se dégage également de ces pages une profonde impression de solitude, sous divers visages : la solitude d'une femme au sein de son mariage et de sa famille (Dans la jungle des familles) ; celle d'une maîtresse négligée par son amant (Un cadeau empoisonné) ; celle de femmes ayant perdu un(e) ami(e) proche (Les années de plomb, Mort en lisière, Hommage à Molly).

J'ai lu ce recueil il y a un mois, et j'ai du le relire presque intégralement pour rédiger ce billet. Finalement, des dix nouvelles, je ne me souvenais que de quatre :

- Courrier du coeur, où, dans un camp de vacances, des idylles se nouent entre les jeunes résidents et des serveuses. 

- Un cadeau empoisonné, où une maîtresse délaissée ourdit une vengeance machiavélique.

- Isis dans les ténèbres, qui décrit le parcours fastideux et chaotiques de deux passionnés de poésie, et 

- Mort en lisière, où une adolescente doit faire face à la disparition tragique de son amie, alors qu'elle était en sa compagnie.

Je me suis replongée dans les autres, me rappelant de petits détails de ci de là mais pas de l'histoire elle-même. La lecture a de nouveau été agréable mais là encore ma mémoire peine à fixer ces tranches de vie. Une des nouvelles porte le titre des Années de plomb et c'est peut être cela qui en un sens m'engourdit un peu, une atmosphère étrangement plombée... et plombante. 

Par contre j'ai trouvé la fuite du temps assez bien rendue, me représentant le changement de physionomie de Toronto au fil des décennies, aussi bien au niveau de l'atmosphère que des mentalités. 

Malgré ce billet un peu mitigé, j'aimerais bien retrouver Margaret Atwood mais cette fois avec un roman, Tueur aveugle ou la Servante Ecarlate (ou les deux... sourire...) car je sais qu'ils ont été très appréciés.

 

J'ai lu Mort en lisière dans le cadre du prix_litteraire_indiana_02

 

Pour accéder à l'ensemble des liens des participantes, cliquez sur le logo.

Rang de lecture : n° 4/10

Je remercie   alapage  qui m'a offert ce livre dans la cadre du Prix Indiana.

Posté par soieditenpassant à 19:42 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags : ,
16 juillet 2010

La chaussure sur le toit - Vincent Delecroix

chaussure_sur_le_toitLa chaussure sur le toit de Vincent Delecroix                                 coeur26

Editions Gallimard (Collection Folio), 2007, 248 pages

 

Quatrième de couverture :

"Dans cette époque, ai-je dit à voix haute, le sacrifice d'une chaussure vaut bien le sacrifice d'une vie, n'est-ce pas ?"

Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages fréquentent le même immeuble, à proximité de la gare du Nord. On croisera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un immigré sans papiers, un présentateur de télévision, un chien mélancolique, un pompier homosexuel, une vielle dame excentrique, un artiste (très) contemporain, un ange en pantalon ... et une chaussure pleine de ressources romanesques, tour à tour outil de vengeance, objet philosophique, support amoureux ...


En dix récits imbriqués les uns dans les autres, Vincent Delecroix esquisse, avec humour et légèreté, les multiples visages de l'amour et de la solitude.

 

Mon avis :

Ce recueil comprend dix nouvelles avec pour fil directeur commun une chaussure abandonnée sur le toit d'un immeuble parisien, près de la gare du Nord. Nous entrons tour à tour dans l'intimité des différents habitants, y compris celles du chien  Floc et du chat Cerbère.A chaque protagoniste correspond une version différente de l'histoire, certaines versions sont compatibles et d'autres non. Romantique, philosophique, tendre, ou émouvante, chaque nouvelle a son propre style bien maîtrisé et constitue une histoire à part entière. Je n'ai pas eu l'impression de survoler des histoires sans réellement entrer dedans comme c'est le cas pour certains recueils de nouvelles. Les personnages sont décrits de façon particulièrement vivante, et attachants. C'est donc un coup de coeur pour cet auteur dont j'avais déjà énormément apprécié, au théâtre,  une pièce intitulée A la porte.

Je le propose en livre voyageur si cela tente quelqu'un.

Posté par soieditenpassant à 18:33 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
15 juillet 2010

La Pierre de Lune - Wilkie Collins - Challenge English Classics # 1

imageLa Pierre de Lune de Wilkie Collins                                coeur26                               

Titre original : The Moonstone

Traduit de l'anglais par : L.Lenob

Editions du Masque, collection Labyrinthes, 2003, 570 pages

 

Quatrième de couverture :

"La Pierre de Lune se vengera !"

Mais que veut dire le Brahmane mourant qui lance cet anathème sur la famille Verinder ? Vous le saurez en pénétrant dans le monde à tiroirs de ce roman dont l'héroïne, Rachel, est une intrépide jeune file de 18 ans. Il y sera question d'un diamant baptisé Pierre de Lune qui attise les convoitises et sème le malheur sur son passage et d'un policier de Scotland Yard, le Sergent Cuff, aux manies surprenantes, qui aura pour mission de démêler l'écheveau serré d'une intrigue complexe comme Collins en a le secret. Au cours de l'enquête, vous croiserez aussi le très étrange Gabriel Betteredge et la non moins excentrique Miss Clack ...

Le poète T.S. Eliot disait de ce roman qu'il était "le premier, le plus abondant et le meilleur de tout ce que l'Angleterre a produit en matière de roman d'énigme". Il est sans conteste l'un des chefs-d'oeuvre de Wilkie Collins, le pionnier victorien du roman à suspense.

 

Mon avis :

Ma première approche des oeuvres de Wilkie Collins avec La Dame en Blanc n'avait pas été très concluante. J'ai pourtant eu envie de tenter à nouveau l'expérience, avec beaucoup plus de succès cette fois. Ce roman met en scène une galerie de personnages reliés à la même intrigue. Chacun donne, à tour de rôle, son point de vue sur les évènements dont il a été témoin. Ce qui m'a le plus conquise est le soin  avec lequel le caractère de chaque personnage est esquissé, ainsi que leur diversité. Certains sont émouvants, d'autres intrépides ou encore pittoresques. Notamment le portrait de Gabriel Betteredge, intendant de la maison de Lady Verinder,  est développé avec beaucoup d'humour et particulièrement savoureux. De même que celui de Miss Clack, dévote acharnée à distribuer la bonne parole et les lectures pieuses ....  L'intrigue est, elle aussi, soignée et ce livre, que j'ai lu assez rapidement tant j'avais hâte de savoir la suite, m'a procuré l'un de mes meilleurs moments de lectures de cet hiver.

Ce livre a été écrit en 1868. Si la description des différents lieux, des mentalités  et des rapports des personnages les uns aux autres témoigne bien de l'époque, l'écriture elle est intemporelle et ne m'a pas du tout paru désuète.

J'ai lu ce livre dans la cadre du Challenge english_classics_vignette

 

D'autres avis chez Keisha, Emily, Titine, Cecile's Blog

Challenge English Classics # 1

Posté par soieditenpassant à 15:23 - - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
05 juillet 2010

Mes sacrées tantes - Bulbul Sharma

mes_sacr_es_tantesMes sacrées tantes de Bulbul Sharma

Titre original : My Sainted Aunts.

Nouvelles traduites de l'anglais (Inde) par Mélanie Basnel

Editions Philippe Picquier, 2009 pour l'édition de poche (2007 pour la traduction en langue française), 260 pages

 

Quatrième de couverture :

Après La colère des aubergines, Bulbul Sharma nous revient avec des histoires pétillantes de drôlerie.

Des femmes partent en voyage et leur vie bascule. Elles partent pour se marier, pour aller voir leur fils, pour échapper au crime qu'elles croient avoir commis ou à une belle-mère tyrannique. Sous leurs regards baissés et leurs saris chatoyants, elles cachent un cœur limpide, un courage à toute épreuve, et elle accueillent les surprises du chemin avec une sagesse relevée du sel de l'humour. Au fil de leurs voyages, défilent les paysages de l'Inde, des rizières vert émeraude aux défilés escarpés de montagne, et les rencontres improbables : danseuses travesties en veuves, raja déchu d'un palais surgi des mille et une nuits, fantôme amoureux ou ours chapardeur. Mais au détour de la route, c'est leur paysage intérieur qui soudain change : les chaînes qui entravent leurs pas depuis des siècles se font plus légères, et au bout du voyage, parfois, les attend la paix. Ou la liberté. Ou l'amour.

Les histoires de Bulbul Sharma nous prennent par la main pour nous emmener sur des chemins détournés, imprégnés des senteurs de l'Inde ; elles ont la malice de la fable, la délicatesse de la miniature indienne, la poésie des contes de fées ; et si elles nous font éclater de rire, c'est avant de nous toucher au cœur.

 

Mon avis :

Ainsi que l'annonce la quatrième de couverture, ce recueil de nouvelles met principalement en scène des femmes plus ou moins jeunes - parfois des fillettes - pour qui un voyage va être l'occasion d'un cheminement intérieur. La caractéristique commune à chacune des nouvelles est la force de caractère des personnages principaux, force qui s'exerce d'ailleurs parfois jusqu'à la tyrannie. L'auteure campe ses personnages avec malice et humour, n'excluant cependant pas la tendresse. Chaque nouvelle possède cependant sa propre atmosphère, son propre décors. Bien qu'il s'agisse de récits courts, je me suis facilement plongée dans chaque récit, entreprenant chaque fois un petit voyage au coeur de l'Inde. L'emploi de termes typiquement indiens tout au long de l'ouvrage m'y a sans doute aidée. Les définitions sont données dans un glossaire judicieusement annexé à la fin de l'ouvrage.

 

Ce livre représente mon premier contact avec la littérature indienne et je suis tombée sous le charme. Je précise toutefois que, bien que les histoires soient fictives, il faut faire attention aux dates mentionnées au fil des récits. Le cadre est plutôt celui de la première moitié du XX siècle, la date la plus récente que j'ai relevée étant 1965. Ce livre convient parfaitement à mon sens  pour le plaisir de se laisser emporter par des petites fables malicieuses dans l'Inde de cette époque, pour une approche de la littérature indienne également. Mais pour des personnes désireuses de découvrir un visage plus moderne de l'Inde, d'autres ouvrages sont plus appropriés car ce n'est pas le but de celui-là.

 

J'ai lu ce livre dans le cadre du    prix_litteraire_indiana_02

Rang de lecture : 3/10

 

 

 

 

Posté par soieditenpassant à 16:57 - - Commentaires [9] - Rétroliens [0]
Tags : , ,


  1  2  3  4  5