votre_chat_vous_aime_t_il_vraimentVotre chat vous aime-t-il vraiment ? Une nouvelle de Eric-Emmanuel Schmitt.

Editions Pathé, 2007, 45 pages.

Cette nouvelle, parue aux Editions Pathé, était jointe au DVD Odette Toulemonde. Je ne pense pas  qu'elle ait été diffusée  séparément. Je la propose en livre voyageur.

Voici donc comment tout commence :

Au début, comme tout le monde, j'ai trouvé ça drôle.

Très drôle, même.

Ce matin-là, après avoir sauté du lit dans mon pantalon, sans passer sous la douche, je sortis en hâte mes chiens dont les plaintes signalaient un besoin urgent de soulagement.

Redoutant de devoir m'arrêter pour parler avec un voisin alors qu'une sale faim torturait mon estomac, j'avançais tête basse, le front préoccupé, remorqué par mon attelage de labradors haletants, langues pendantes, mousse de bave autour des gueules. Il faut préciser qu'Hugo, Boris et Thermidor, crocs parfaits, poitrails puissants, muscles saillants sous leur poil noir lustré, écartent les piétons, créant un couloir de respect terrorisé dans lequel je n'ai qu'à me laisser glisser. Je soupçonne ces animaux imaginatifs de se prendre pour des chiens de traîneaux et de s'amuser à me transformer en une sorte de Ben Hur sans char.

Alors que nous déboulions sur la place gazonnée où ils lèvent leur première patte du jour, mon cerveau reçut le message.

- Votre chat vous aime-t-il vraiment ?

La phrase me frappa d'emblée au plus profond.

- Votre chat vous aime-t-il vraiment ?

Bonne question, me dis-je, je ne me l'étais jamais posée... Mon chat m'aime-t-il vraiment ?

Comme je craignais d'apporter une réponse à cette interrogation - j'avais naturellement remplacé "chat" par "chien"  -, je ris de l'incongruité de la situation. Quelle idée cocasse ! Qui s'amuse à poser de telles affiches dans la rue ?

Dès que j'eus permis à Hugo, Boris et Thermidor, d'écrire à jets d'urine contre les arbres leur journal quotidien à l'intention des autres quadrupèdes du quartier, je les tirai pour revenir vers les parcmètres où étaient placardés  une dizaine de prospectus, de simples photocopies sans couleurs, lettres blanches se détachant sur fond grisé. Ni logo ni message n'accompagnaient ces mots : votre chat vous aime-t-il vraiment ?

Etait-ce le début d'une campagne publicitaire ? Nous révèlerait-on le nom de la marque plus tard ?

En poursuivant la promenade, je découvris que l'annonce avait été placée en maints endroits, bancs publics, panneaux de signalisation, abribus. Du travail d'amateur. J'eus l'idée que cette prolifération n'affectait que notre quartier et ne touchait pas le reste de la ville, hypothèse que je vérifiai dans l'après midi en me rendant à plusieurs rendez-vous.

J'en déduisis que l'auteur de cette campagne locale devait être un individu, pas une compagnie commerciale. Un nouveau message nous révèlerait bientôt son identité.

La semaine s'écoula. Les papiers disparaissaient, soit qu'ils tombassent d'eux-mêmes, soit qu'on les arrachât. A mesure qu'ils s'envolaient, ils quittaient mon esprit.

Lundi, propulsé au dehors par mes trois molosses qui me traînèrent ensuite jusqu'à la place, je découvris la nouvelle livraison :

- Croyez-vous que c'est pour vous que le soleil se lève ?

 

Ce que j'en ai pensé :

C'est une petite histoire plaisante à lire pour se détendre. Le narrateur, un écrivain, intrigué par ces affiches, mène son enquête. Conquise par ce sympathique quatuor - l'écrivain bonhomme sillonnant son quartier remorqué par ses fougueux molosses -,  je me suis attachée à leurs pas, impatiente de découvrir le fin mot de l'affaire. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, le chat n'est omniprésent dans ces pages, mais tient, d'une certaine façon, un rôle crucial. Avis aux lecteurs, donc, n'ouvrez pas ces pages en espérant y lire l'histoire d'un chat ou un manuel de psychologie féline.

Quant au  passage que j'ai cité en introduction, il reflète assez fidèlement le ton du livre. C'est un style comme je les aime, utilisant des tournures assez soutenues et soignées, sans pour autant être pompeux. J'ai apprécié l'humour dont l'auteur a généreusement fait preuve tout au long de son récit, prêtant à sourire  même lorsqu'il évoque des situations plus sombres.

 

J'ai lu cette nouvelle dans le cadre du thème Découvrons un auteur organisé par Pimprenelle. Ce mois-ci, Eric-Emmanuel Schmitt était donc à l'honneur, et le mois prochain nous lirons un livre de Yoko Ogawa.

Vous pouvez trouver les liens vers les billets des différents participants en cliquant sur le logo ci-dessous.

 

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