malavitaMalavita de Tonino Benacquista

Editions Gallimard, 2004, 315 pages

Quatrième de couverture :

Une famille apparemment comme les autres.

Une chose est sûre, s'ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner.

Mon avis :

Dans la petite commune paisible de Cholong sur Avre, en Normandie, s'installe une famille américaine, les Blake. Cette famille n'est en apparence, ni plus ni moins remarquable qu'une autre.

La mère, Maggie, s'occupe d'oeuvres caritatives.

Le père, Fred, a découvert récemment, autant par hasard que par désoeuvrement, les joies de l'écriture et s'est lancé dans la rédactions de ses Mémoires.

Les enfants, Belle et Warren, fréquentent le lycée local.

Leur chienne, Malavita, passe le plus clair de son temps à dormir au sous sol.

Cependant, dans la même rue, à quelques maisons de là, deux agents du F.B.I. s'intéressent de très près aux faits et gestes de la famille Blake. C'est qu'en fait les Blake ne s'appellent pas du tout Blake, mais Manzoni. Le père est un ancien chef de clan de La Cosa Nostra (la mafia américaine), un repenti : il a trahi ses frères d'armes pour ne pas terminer ses jours en prison. La famille Manzoni a  donc du intégrer le programme de protection des témoins.

Du même auteur, j'ai préféré La commédia des ratés, dont j'ai trouvé le scénario beaucoup plus élaboré, les personnages et l'intrigue plus complexes. Cependant,  je ne renie pas le plaisir que j'ai eu à la lecture de ce roman très divertissant. Je me suis bien amusée à imaginer les péripéties de cette "famille Adams" mise au vert dans les pâturages normands et essayant de se fondre dans le décor, sachant que chassez le naturel il revient au galop.

Tonino Benacquista déploie toute sa verve pour nous décrire des personnages caricaturaux (aussi bien la famille Blake que les habitants de Cholong sur Avre),  et des situations cocasses sans pour autant tomber dans un style lourd.

Extrait :

Le reste de la soirée aurait pu se dérouler dans la même ambiance de paisible gaieté que rien ne venait contrarier, si Fred ne s'était mis brutalement à regretter. A tout regretter.

Cinq individus, tous mâles, se tenaient en demi-cercle autour du barbecue, les yeux fixés sur la braise qui refusait de prendre, malgré le temps sec, malgré le matériel sophistiqué et les efforts du maître de maison, un vieux briscard en matière de gril.

-C'est pas comme ça qu'il faut faire ... Faut plus de petit bois, monsieur Blake, vous avez mis du charbon trop vite.

Celui qui parlait avait un bob sur la tête et une bière à la main, habitait à deux maisons de là, sa femme avait apporté un cake aux olives, et ses enfants couraient autour du buffet en poussant des cris. Fred la gratifia d'un sourire à peine aimable. A ses côtés, un célibataire qui tenait l'agence de voyage du centre ville reprit la balle au bond.

- C'est pas comme ça qu'il faut faire. Moi, je ne mets pas de charbon de bois, je procède comme dans une cheminée, c'est plus long mais la braise est de bien meilleure qualité.

- C'est pas comme ça qu'il faut faire, ajouta un notable qui siégeait au conseil municipal.Vous utilisez des allume-feu, c'est toxique et c'est pas du jeu. D'ailleurs, ce n'est même pas efficace, la preuve.

Sans le savoir, Fred vérifiait un théorème universel, qu'il se formula en ces termes : dès qu'un con essaye d'allumer un feu quelque part, il y en a quatre autres pour lui expliquer comment s'y prendre.

Humour ravageur, dérision,  et ce délicieux  parfum d'Italie cher à Tonino Benacquista sont au rendez vous.  J'ai souri en imaginant Maggie tentant d'amadouer les deux agents du F.B.I., qui déteste cette famille de paria pour lesquels ils ont dû laisser leur famille et leur pays afin d'assurer leur protection,  en leur concoctant de bons petits plats italiens.

Quelques mots sur l'auteur : Issu d'une famille d'immigrés italiens, Tonino Benacquista est un auteur français plusieurs fois récompensé par des prix littéraires. C'est aussi un scénariste de talent qui a reçu deux césars, dont celui de la meilleure adaptation pour De battre mon coeur s'est arrêté.

Ci-dessous : quelques photographies de Normandie, pas de la vallée de l'Avre mais de la région de Honfleur.

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